Les IDE nous parlent enfin des patients, des règles de savoir vivre ensemble et de ce respect mutuel qui doit conditionner nos actes.

      La dialyse vue par Chantal V, infirmière

Leur abnégation, leur esprit de fraternité, de convivialité, le service assuré les jours fériés sont rarement évoqués : les infirmiers sont, semble-t-il, muets. Rein échos a choisi de donner la parole à Chantal V. afin de créer une interactivité et de maintenir un dialogue constructif entre l’hémodialysé et celui ou celle qui lui prodigue des soins.

Chantal V., surveillante d’un centre d’autodialyse, est amenée à gérer le personnel et le matériel. Toujours calme et disponible, elle sait consacrer du temps du temps à l’écoute et au dialogue.

Rein Echos : Comment êtes-vous arrivée au service de dialyse ?

Chantal V. : J’ai vécu vingt ans au Canada et j’étais employée dans un service de transplantation cardiaque. Ensuite, j’ai été chargée du suivi des transplantés. J’ai apprécié ce côté relationnel que j’ai retrouvé plus tard dans les services de dialyse. De plus, j’aime me former à l’utilisation de nouveaux matériels, voir et comprendre comment fonctionne une machine, ce qui satisfait mon goût pour la logique. Le métier a beaucoup évolué grâce au matériel et à la sécurité.

S’occuper de patients sur une longue durée crée évidemment des liens affectifs. On peut les aider tant sur le plan médical que psychologique. Mais parfois il est difficile de prendre de la distance par rapport au patient soigné.

Quels problèmes rencontrez-vous le plus souvent ?

C. V. : D’abord, la pénurie de personnel en région parisienne nécessite de jongler entre les titulaires et les vacataires. Le service doit être impérativement assuré ; c’est une question de vie pour les patients. D’où un certain stress en cas d’absence de personnel. On rencontre aussi des problèmes liés aux malades au long cours. Il faut essayer de rendre le moins pénible possible ces heures où ils sont attachés à leur machine. Pour cela, on essaie de respecter les affinités des patients : pour ou contre la télévision, éteindre la lumière pour dormir ou la laisser allumée pour la lecture… Lorsque ce n’est pas possible, il faut calmer l’irritation de l’un ou de l’autre. Souvent, certains malades sont déprimés et on doit écouter leur révolte. Dans ces moments là, ils critiquent tout, ne sont plus objectifs : il faut alors laisser passe l’orage, retrouver le contact et les faire parler pour libérer les tensions. Mais certains se replient sur eux-mêmes…

On rencontre aussi des difficultés d’ordre différent : la dialyse est heureusement ouverte à tous et nous recevons beaucoup d’étrangers, avec lesquels il est parfois difficile de communiquer, d’expliquer les contraintes de la maladie et la nécessité de tenir un régime approprié.

Les différences culturelles peuvent faire qu’un homme accepte difficilement les remarques d’une femme. Alors il faut être souple mais ferme, dans l’intérêt du patient. Si nous le pouvons, nous devons respecter les croyances religieuses, prendre en compte les fêtes qui sont amenées à perturber le rythme du traitement.

Certaines personnes, égoïstement, ne respectent pas les horaires et n’ont pas intégré qu’un retard gêne la dialyse suivante.

Enfin, et malgré tout cela, je suis satisfaite de mon métier et de ses responsabilités, restant le plus possible à l’écoute de l’être humain qui souffre dans sa chair et dans son esprit.

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